Etes-vous un petit ou un grand ?

Répétition avec Philippe Vincent, le metteur en scène, et Georges Kelessidis, mon partenaire. Dans ce nouveau spectacle, Georges incarne Frank Tripp et moi, Horatio Caine, le lieutenant de la police scientifique de Miami. Les deux policiers sont à la recherche de celui qui a commis le crime de l’orateur.

Philippe, toujours très inspiré, nous dit : « quand la situation se dégrade, les petits montent et les grands descendent. »

Les petits, en effet, montent dans les tours. Les tours émotionnels, les tours tout court. Ils s’excitent, leur voix monte aussi, dans les aigus, compressée qu’elle est dans une poitrine oppressée, à la respiration saccadée. Ils gesticulent, s’agitent. Leur cerveau est à l’arrêt. Ce sont des pantins, de marionnettes. On ne sait plus vraiment qui tire les ficelles. La chute n’est pas loin.

Les grands descendent. S’ancrent dans le sol. Leur respiration est profonde. Le monde s’agite autour d’eux. En eux, il est au ralenti.

Horatio doit donc descendre. Il ne réfléchit pas, IL EST réflexion. Ses émotions n’ont pas de prise sur lui. Il se focalise sur les indices, les faits, son objectif. Pas de pensée parasite. Le calme intérieur. Pourquoi les jambes légèrement écartées ? Pourquoi les mains sur les hanches ? Pour la stabilité. Je le comprends maintenant. J’ai pourtant raillé, moi aussi, la posture de l’expert aux lunettes de soleil. Maintenant je la comprends. Être stable dans le corps pour être stable dans la tête. C’est si simple. Je comprends même les lunettes. Ne pas être ébloui, ne pas être aveuglé.

Horatio Caine
Horatio Caine : Être stable dans le corps pour l’être dans la tête.

Et trop souvent encore, je me surprends à être un petit. A vociférer pour un rien. Un ordinateur trop lent, un bouton qui ne ferme pas, du lait trop tiède. Ce rôle m’aura au moins appris ça : je dois grandir encore. Tellement.

Nous sommes tous, tantôt petits, tantôt grands. Normal. Nous avons le droit de débrancher la fiche de la prise, de nous ressourcer. Ce qui compte, je le répète, c’est d’être grand quand la situation le commande, donc aussi, le plus souvent, quand elle devient délicate, tendue. Si tout se tend autour de vous, détendez-vous. Quand le cheval rue, le jeune cavalier se crispe et se penche en avant. Le cavalier expérimenté se relâche, se centre et se penche légèrement en arrière. Il a le geste précis. On devine lequel des deux risque le plus la chute.

Aussi, je vous propose un bel exemple de grand. Il ne s’agit pas de fiction cette fois.

Le 15 janvier 2009, l’Airbus A320 du vol 1549 de l’US Airways décolle de l’aéroport international de La Guardia, dans le Queens, à destination de Charlotte/Douglas, en Caroline du Nord. Il est 15h26. Il percute des Bernaches du Canada, des oies noires. Il y a 150 passagers à bord et 5 membres d’équipage. Perte de puissance, odeur de carburant, flammes. Le commandant Chesley Sullenberger veut d’abord atterrir à l’aéroport de Teterboro, dans la banlieue ouest de New York. Il n’arrivera pas jusque-là. A 15h31, il amerrit dans l’Hudson River et évite une catastrophe en pleine ville. Ecoutez l’enregistrement de sa conversation avec la tour de contrôle. Sa voix donne tout son sens aux mots d’Alfred Jarry : « le courage est un état de calme et de tranquillité en présence d’un danger, état rigoureusement pareil à celui où l’on se trouve quand il n’y a pas de danger. » Il n’y aura aucun mort.

150 Passagers150 passagers, 5 membres d’équipage. Aucun mort.

Michael Bloomberg, maire de New York, confiera au commandant Sullenberger, au copilote Jeffrey Skyles et à tout l’équipage, les clefs de la ville.

Chesley SullenbergerLe commandant Chesley Sullenberger

Sullenberger est un héros. Un grand.

Aussi, pour une fois les Amis, je vous souhaite une bonne descente … avec les Aigles !

Fabian

Une seule action pour aller plus loin :

Cliquez sur ce lien et écoutez l’enregistrement de la conversation (sous-titrée en français) qu’aura le commandant avec la tour de contrôle, juste avant l’amerrissage. C’est la voix d’un grand. A modéliser toute affaire cessante : Les enregistrements de l’amerrissage sur l’Hudson (VOSTF)

1 réponse
  1. JF
    JF dit :

    coincidence, j’étais à New York pendant le crash, et un ami se trouvais DANS cet avion. Je l’ai revu 3 jours apres, sensation troublante de se dire que j’aurais pu ne jamais le revoir, et le premiere chose qu’il m’a dit c’est qu’il était désolé que mon cadeau qui était dans sa valise soit foutu…
    Inoubliable.

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